Le rendez-vous manqué de la participation citoyenne (suite bis)

Emmanuel Macron a trop usé des facilités qu’offre la Vème République sans paraitre se soucier de la crise de la représentation qui appelle à rééquilibrer les pouvoirs en faveur du législatif, mieux à même d’établir et d’entretenir une relation citoyenne.

Face à la protestation des « gilets jaunes », La REM s’est trouvé démunie. Certes ! La contestation prenait l’allure d’un mouvement et la place inoccupée par En Marche ! Le « grand débat » n’a pas profité à l’évolution du pouvoir parlementaire, qui est plus en dialogue avec les électeurs qu’un gouvernement.

Ainsi, comme François Hollande à propos du « mariage pour tous », l’exécutif n’a pas vu l’intérêt qu’il y avait, surtout pour des lois portant sur des sujets de société, de faire que des débats s’instaurent entre citoyens et parlementaires sensés les représenter. Les projets de réforme constitutionnelle se soucient  peu d’inscrire dans les institutions de nouvelles pratiques de relation pérenne avec les citoyens.

La classe politique admet-elle qu’elle se trouve dans une ère politique – et numérique – plus favorable aux mouvements qu’aux partis ? Elle doit en anticiper  l’émergence. En particulier s’il s’agit de consultations locales, de proximité et de quotidienneté, les références partisanes ou les discours venus d’en haut ne sont pas reçus pour faire face aux populismes.

Alors, comment anticiper ? Dire la vérité et dialoguer, aurait dit Pierre Mendès France. Adopter une autre communication politique, patiente et qui respecte les citoyens. Pratiquer les pédagogies qui démontent des démagogies simplistes en ouvrant le débat public.

PZ
(06.08.2019)

Le rendez-vous manqué de la participation citoyenne (suite)

Pourquoi ce rendez-vous manqué pour une autre communication politique qui pourrait revivifier la démocratie en associant les citoyens ?

Dans sa vision stratégique et avec son intuition politique, Emmanuel Macron avait annoncé la désagrégation des partis de droite ou de gauche, usés par des exercices, de moins en moins populaires, du pouvoir. En 2016 il lançait un mouvement destiné à occuper l’espace qui devait se libérer et il affichait sa volonté de moderniser la démocratie, en impliquant autrement la société. 

La campagne présidentielle a suscité curiosité et espoirs d’une mobilisation, reposant sur la participation et la libération de parole des citoyens. A l’instar de la première campagne électorale d’Obama, la communication politique s’est essayée au registre du bottom up. Pas facile à mettre en œuvre dans une Vème République monarchique, portée sur le top down d’une information octroyée depuis les sommets du pouvoir !

La promesse n’a pas été tenue au-delà des 4 ou 5 mois qui, dans la foulée, ont suivi les élections législatives. Défaut d’anticipation et mimétisme du fonctionnement habituel de la démocratie représentative, En Marche ! a paru perdre l’élan original d’un mouvement, pour pratiquer le jeu restreint d’un parti politique, obligé de soutenir l’exécutif et ses seules volontés de réforme.

Emmanuel Macron, s’il avait bien organisé la conquête du pouvoir, n’avait pas su anticiper comment élus et militants devaient poursuivre le dialogue avec la société. Il n’a projeté l’exercice du pouvoir que sur les programmes d’action et de réforme.

Il a manqué de repenser l’évolution de la démocratie en trouvant les voies de l’association permanente des citoyens à la conduite de l’action publique, par l’écoute, par l’explication, dont il est orfèvre, par la discussion, bref par la participation des gens à la préparation des décisions publiques et à l’élaboration de l’offre politique.

PZ
(05.08.2019)

Le rendez-vous manqué de la participation citoyenne.

Un entretien dans Le Monde du 23 février, cinq billets d’ »Humeur blogueuse » (www.pierrezemor.fr) les 9 et 15 février, 15 mars, 5 et 30 avril, escomptaient que la réflexion suscitée par le « grand débat » ferait entrer un peu plus dans les mœurs politiques la culture des démarches participatives.

Je plaide en ce sens depuis la fin des années 70 en tant qu’élu local et régional ouvert à la participation citoyenne, bien sûr aussi comme président de la CNDP depuis le début des années 2000. Je ne manque pas d’évoquer la culture du débat public profitable à l’action publique, par exemple dans la RFAP (revue de l’ENA, n°156 – avril 2015) ou actuellement à l’occasion du 30ème anniversaire de la création de l’association « Communication publique »

Mon attente est déçue !

Je pense pourtant que le débat public peut venir au secours du compromis social, clé de voute d’une social-démocratie à la française, comme je l’ai écrit avec Michel Rocard et François Chérèque dans une tribune des Échos du 2 juillet 2003.

Je suis également convaincu que la communication institutionnelle publique a fait en un demi-siècle de considérables progrès pour mettre la décision publique à la portée des citoyens. Elle offre un modèle qui devrait se porter au secours d’une communication politique réductrice, amnésique, manipulatrice… une com’ qui sape les fondements de la démocratie.

Un Cahier www.pouruneautrecommunicationpolitique.com, transmis au « grand débat », s’est fait l’écho en 2018 d’un manifeste, d’une centaine de contributions, d’une première liste de 165 recommandations et a suscité des rencontres avec plusieurs associations-think-tanks. 

Le « grand débat », qui a eu le mérite d’ouvrir largement les discussions, parait avoir surtout servi à ajuster le travail de l’exécutif. Il profite peu à l’évolution d’un pouvoir parlementaire en déficit de dialogue avec les électeurs. Les projets de réforme constitutionnelle se soucient trop peu d’inscrire dans les institutions de nouvelles pratiques de relation permanente avec les citoyens.

Comment, sur ce chapitre, n’est-on pas aller vers un nouveau monde ?

PZ
(04.08.2019)

« Et en même temps »… comment faire ?

L’ampleur du travail d’après débat impose d’en venir à une autre – une nouvelle – communication politique. Issue d’une militance maïeuticienne, donnant à tous la parole. (Voir Pouruneautrecommunicationpolitique.com)

Devant la nécessité de réformer sur beaucoup de sujets ‘en même temps’, il est évident que la pratique de l’expérimentation doit être mise à l’ordre du jour. Elle permet d’ouvrir assez vite un bon nombre de chantiers. Les citoyens peuvent, selon leurs choix, s’impliquer dans telle ou telle autre ou dans plusieurs des transformations jugées indispensables.

Le monde est traversé par le simplisme, la caricature, les manipulations, les terrorismes et les extrémismes…

Chacun se doit de participer. S’impliquer à revigorer la démocratie.

PZ
(30.04.2019)

Un débat public, peu dans les mœurs de la démocratie !

Illusion sociale et juridique que de vouloir remplacer la démocratie représentative par une démocratie participative ou délibérative… La vie politique d’une société complexe a besoin de pérennité et d’apprentissage. A la fois de stabilité et d’évolution des règles Et aussi de l’expertise d’usage des citoyens.

Il faut prendre conscience des efforts menés grâce à des pratiques participatives : enquête publique, consultation sur Internet, panel mixte de représentants des pouvoirs et de citoyens tirés au sort, par exemple pour une étude d’impact ou une question de patrimoine, etc. Il faut associer les citoyens à ce que ces pratiques deviennent monnaie courante.

(Voir l’entretien dans ‘Le Monde’ du 23 février 2019 Pour que la démocratie soit représentative, il faut qu’elle soit participative)

Elles offriront des approches nouvelles de la politique et viendront se greffer, parfois se substituer, aux procédures et aux institutions de la démocratie.

En particulier les parlementaires devraient saisir l’opportunité de préparer par des débats publics plus de propositions de lois.

Mieux représenter le peuple !

PZ
(05.04.2019)

S’adonner au plaisir du débat public… mais après ?

En dépit de ceux qui, peut-être par un amour modéré de la démocratie, préfèrent le rapport de force de la manif au partage des idées ou à la controverse, des débats ont jailli de partout : initiatives diverses, formes multiples, rencontres de voisinage, territoires locaux, régionaux, thèmes essentiels plus ou moins regroupés dans un « grand débat national ».

Avec une lancinante interrogation sur les suites données aux attentes et aux propositions exprimées. Presqu’impossibles d’ailleurs à synthétiser, mais porteuses d’un devoir pressant de mise en œuvre, qui pèse sur les pouvoirs exécutifs.

Que n’avaient-ils anticipé ? Dans la foulée de campagnes présidentielle et législatives…

Maintenant, on se contentera de réformes partielles et de mesures dictées par l’urgence.

PZ
(15.03.2019)

Tant de débats !… Le débat public prend-il son envol ?

Voici passé un trimestre – février, mars, avril – d’emballement progressif, de réveil des chercheurs en concertation et d’illusion grandissante des citoyens.

Est apparue la possibilité de débattre de ce qui importe à chacun, avec pour beaucoup, la facilité d’ouvrir le coffre de sa voiture pour revêtir l’obligatoire gilet jaune.

Des slogans s’esquissent contre des augmentations ou des suppressions de taxes. Des thèmes se précisent : mobilité et transport, isolement rural, justice fiscale, environnement et protection de la planète, pouvoir d’achat, …

Un mouvement est-il né ? Politique ? Forcément, mais sans la volonté et l’organisation qu’avait un instant connues « En marche !  » lors de l’élection présidentielle.

Un mouvement vraiment ascendant ?

La démocratie, surtout de la Vème République, connait essentiellement la communication transcendante, descendante, la parole top down des pouvoirs, des administrations et des médias. La promotion et l’injonction. Bienvenu alors à ce courant d’air frais d’une large information, de dialogues, de consultations, de discussions et de manifestations !

Meilleurs vœux de débat public !

PZ
(15.02.2019)

Quid d’un référendum pour la démocratie participative ?

N’y a-t-il pas diverses formes de référendum ?

D’abord, tel qu’il a été pratiqué en avril 1969 pour réformer le Sénat et en pleine lassitude de l’exercice du pouvoir par de Gaule, ou plus récemment pour l’aéroport projeté à N-D des Landes après moult consultations à périmètres variables. Aussi, le Royaume Uni a abouti au Brexit sans grandes explications ni anticipations sur les conséquences. En dépit d’un effectif de votants qui peut être important, le référendum s’avère être un piège faussement participatif.

A fortiori lorsque l’objet de la décision est équivoque, le vote ne peut se départir d’un caractère plébiscitaire. Il se veut, soit approbateur pour l’autorité qui propose, soit désapprobateur de la part de ceux qui saisissent une occasion de juger ladite autorité ou d’imposer l’initiative d’une décision hors du cadre de la démocratie représentative.

Un référendum sur le projet d’une décision importante doit être précédé de phases d’information et de discussion, en particulier sous la forme de conférences de citoyens, afin de vérifier l’opportunité de la délibération et d’ajuster la formulation de la question, voire des questions.

En effet la récente culture française du débat public, dont les principes ont été popularisés par exemple par la CNDP, est peu encline à un questionnement multiple, d’autant que différentes dispositions législatives ou constitutionnelles peuvent être attachées à des questions de natures distinctes.

Surtout, il serait mal venu de tenter cette expérience en sollicitant une autre mobilisation des citoyens pour choisir les parlementaires européens.

En revanche, un référendum – dit de sortie de crise – sur des choix politiques, sociaux, environnementaux, mérite d’être éclairé par les résultats de l’examen préalable par les électeurs des orientations à retenir pour l’UE.

Cela signifie qu’il faut éviter la confusion des genres, faire une forte campagne sur l’importance et les évolutions nécessaires de l’Europe et ensuite – pas en même temps, cette fois – faire participer les Français à l’adoption des mesures inspirées par le « grand débat », ainsi qu’aux choix à traduire cet été dans le projet d’un budget difficile

PZ
(09.02.2019)

En même temps, les passions et la raison.

Était-ce totalement utopique d’entreprendre, il y a quelques trois ans, avec les encouragements de Michel Rocard, une démarche « pour une autre communication politique » ?

Pas totalement, car un manifeste – alerte, impératifs, espoirs, appel – a reçu le soutien effectif de préconisations et d’observations d’une centaine de personnalités de tous horizons. De nombreuses autres auraient pu être sollicitées. A noter qu’un certain scepticisme médiatique s’est retranché dans le confort des pratiques réductrices de la démocratie d’opinion…

Le « Cahier », diffusé au début de 2018 – tirage papier et site numérique www.pouruneautrecommunicationpolitique.com – propose des recommandations, dont se sont saisis des associations et des think-tanks pour les adapter à leurs finalités et aussi les développer, au cours d’une douzaine d’échanges publics.

La question centrale est de faire face à cette com’ promotionnelle, un pseudo marketing occupé de la seule conquête du pouvoir. Il parait de plus en plus ardu de se prémunir d’une com’ simpliste qui sied bien aux extrémistes et au terrorisme ou de résister à une com’ amnésique et manipulatrice qui ignore le regard critique qu’on doit porter sur l’information et sur l’accès aux données.

S’éloigne-t-on  de la communication politique qui incite au dialogue et au débat contradictoire en quête de vérités partagées ? Par de louables efforts, on tente une communication proche des actes et qui les explique. Mais le citoyen attend d’être associé, autrement qu’un consommateur passif, à la préparation des décisions publiques qui le concernent, plus généralement à l’élaboration de l’offre politique.

Politique et communication sont intimement imbriquées. Aujourd’hui une communication tonitruante et sollicitant les bas instincts, fait bon ménage avec les politiques qui brutalisent la démocratie. Pour être de préférence confiante et pérenne, la relation entre pouvoirs et société implique de traiter en même temps les passions, les symboles, les discours et la raison.

PZ
(02.12.2018)

La com’ marque des points

Humble en diffusant ce « Cahier »  www.pouruneautrecommunicationpolitique.com (un manifeste, des préconisations et commentaires d’une centaine de personnalités, une liste de 165 recommandations), je persiste à tenter le pari que la démocratie doit pouvoir aller vers d’autres manières de la politique et de sa communication.

N’est-il pas possible de mettre à disposition du public une information, tout autant empathique que critique, d’expliquer l’action publique complètement, en dire les obstacles et en discuter les objectifs, de trouver, en quête des meilleurs compromis possibles, les voies de la  concertation avec la société ?

Emmanuel Macron a, dans sa conquête du pouvoir, affiché vouloir suivre de nouvelles pistes, mais sans s’abstenir des facilités inhérentes à la Vème République, d’une communication impérieuse et vraiment peu bottom up, au risque de mal écouter les gens et de ne pas parler de leurs préoccupations avec leurs mots.

Le Président, en prenant la liberté d’un adjectif ambivalent ou d’une formule de connivence populaire, s’est risqué à vouloir faire sourire pour alléger l’atmosphère dans des situations délicates. N’a-t-il pas offert à ses adversaires politiques le loisir – car ils s’en amusent de manière disproportionnée – de dénoncer ses propos en les disant grinçants ou méprisants ?

Un inopiné  glissement de registre, qui pour le pouvoir a un avantage et deux inconvénients !

D’abord, pendant que se développent des critiques acerbes et superficielles, le fond de la question, les contenus du discours ou les orientations politiques sont occultés aux yeux des opposants. A l’actif du bilan, la com’ réductrice détourne les attentions malveillantes.

En revanche, Emmanuel Macron est ainsi amené à tourner le dos aux efforts méritoires qu’il fait dans un long discours, en vue d’expliquer profondément une réforme, ses difficultés, sa nécessité. Serait-ce, entre autres, une menace de rechute dans un « ancien monde » ?

Favoriser ainsi la com’ conduit à privilégier la forme sur le fond, le bruit politicien sur le sens de l’action menée. Or, on ne doit pas réduire le débat public, plus que jamais nécessaire pour associer les citoyens à la conduite des affaires de leur pays dans un monde difficile.

L’élection d’Emmanuel Macron apportait un peu d’espoir à ceux qui voulaient voir les pratiques de la politique évoluer vers une parole publique plus authentique et vers de meilleures relations de confiance à l’égard des pouvoirs.

Donc vers une autre communication durablement authentique : à voir plus sérieusement et à suivre !

PZ
(08.10.2018)