Et oui, la com’ tue la communication politique !

Dans mon précédent billet d’Humeur blogueuse, sous le titre «Le paysage politique se reconstruit-il autour de la com’?», je dénonçais les dégâts et les graves menaces pour la démocratie de cette com’ essentiellement publicitaire, réductrice de sens, spectaculaire…

Je poursuis ma croisade, principalement avec la démarche «Pour une autre communication politique». Après un Cahier n° 1 regroupant un « manifeste » et 67 préconisations de personnalités, je multiplie diffusions et rencontres pour explorer quelques-uns des chemins vertueux vers une démocratie mieux communicante et pour rassembler, dans un Cahier n°2, des recommandations, aujourd’hui au nombre provisoire de 127.

Je propose aussi à quelques médias un point de vue ou une tribune, souvent difficilement acceptés, tant les chroniqueurs et les journalistes cultivent délibérément sur la communication une ambiguïté qui nourrit le pouvoir médiatique.

Au cours de mon demi-siècle d’observations et de discussions sur la communication, les professionnels de l’information, qu’incarnait si bien Jean Miot, ont persisté à dénigrer toute communication sans vouloir prendre en considération à sa juste valeur l’échange, qui permet de mieux approcher les vérités.

Les médias, sans convenir de leur part de responsabilité dans le déni de complexité de la politique, se bornent à condamner les dérives d’une com’ fourre-tout dans laquelle pourtant ils barbotent. Inconsciemment ou délibérément, ils déclarent être com’ toute communication, quels qu’en soient les efforts d’authenticité ou de dialogue.

Ainsi, la rédaction de Valeurs Actuelles, qui a aimablement accueilli, dans sa parution du 13 avril, l’expression de ma libre opinion tendant à dénoncer que la com’ tue la communication politique, a affublé mon propos pris à contre-pied du titre, plus pub, que sérieusement incitateur à la réflexion : «Trop de com’ tue la com’».

La campagne pour l’élection présidentielle n’a hélas pas été l’occasion d’un examen de conscience professionnel sur une aptitude, notamment vue la place prise dans le débat public par la télévision, à faire la part de la com’ et de la forme, pour que le fond remonte à la surface. Pourtant, à de nombreuses occasions, les journalistes auraient pu dénoncer des postures ou des messages qui pouvaient être dépourvus d’authenticité, en dépit d’accueils favorables plus ou moins éphémères dans les opinions et les sondages.

La grille de lecture des médias, pour scruter une société en crise et en mutation, s’avère conservatrice, quant à l’usage du numérique, à la référence aux réseaux sociaux, au rôle à venir des partis politiques ou encore à la pertinence de l’axe gauche/droite.

Attention, pas d’évolutions économiques, sociales, institutionnelles, sans changement sur la communication !

PZ
(25.04.2017)

Le paysage politique se reconstruit-il autour de la com’ ?

La communication politique, quand elle se réduit à la caricature du sens et aux images de spectacles télé-décalés, entrave la mise en commun nécessaire de l’information dans une démocratie. Cette com’ d’affichage, de slogans, de mensonges et de manipulations menace la crédibilité des institutions publiques et la qualité du débat social. Pire, les années ‘30’ ont montré comment la propagande conduit au viol des foules. Aujourd’hui une com’ de pub, tweets et vidéos s’avère une efficace servante du terrorisme.

Des efforts d’authenticité, la bonne volonté d’expliquer, comme la recherche du dialogue, ont, pendant les deux tiers de siècle précédents, fait progresser, plus les souhaits de faire société, que les réalités. Modes et instruments de communication ont tenté de valoriser l’intérêt général et le bien commun, voire d’encourager la concertation…

Publicitaires ou journalistes n’ont pu s’empêcher de dicter aux politiques des agendas, voire des stratégies, pour proposer des mises en scène. Ces médiations ont hélas dispensé de rechercher la relation avec les gens. Or savoir associer les citoyens à la conception de l’offre politique permettrait à la démocratie de se revigorer face aux crises graves et planétaires, sur horizon assombri de disparition de la croissance.

Le citoyen est ambivalent. Il se méfie du pouvoir. Il conteste l’opacité de l’action publique. Et à la fois, il croit à la politique. Il attend de l’État  protection et garanties. Il veut être éclairé sur son avenir. Né de ce paradoxe, le malaise démocratique ne peut se dissiper qu’au prix de liens de confiance établis entre gouvernants et gouvernés

Mission, certes de longue haleine, incompatible avec le règne d’une com’ toute de promotion. Privé d’une communication fondée sur la prise en considération des autres et le dialogue, l’intérêt pour la politique trouve à se consoler dans le spectacle des jeux de la compétition pour le pouvoir.

Ainsi la com’ prend la place de la politique. Avec une moitié des citoyens des USA la démocratie a sélectionné Donald Trump, un bateleur apte à annoncer l’inattendu ou son contraire, qui conçoit ses actes en partant de leur promotion ou d’une opportune actualité.

Un tonitruant exercice du pouvoir a été installé dans les règles. Que la com’ prenne le pouvoir sur la politique semble réussir à Trump, ouvertement et non sournoisement à l’instar du secret Poutine. Bientôt démocratiquement peut-être en Europe, en Israël et ailleurs…

Les acteurs publics n’ont qu’à bien se tenir. Ils dénonçaient les influences perverses de la politique sur la communication de l’État de droit : craintes de technocrates, plutôt que de citoyens… Oubliés, la mise à disposition de l’information, la transparence des procédures, l’explication, la discussion, la quête de vérités dans le débat contradictoire, la concertation. Abandonné de dire la complexité des choses et de faire appel à la lucidité des gens…

Une voie royale s’ouvre à la com’, au cœur du système politique qu’elle prétend reconstruire : satisfaire les apparences, les intérêts du moment, varier les alliances, surprendre les indécis avec la complicité d’un large arsenal médiatique, pratiquer plutôt l’injonction que la négociation, tourner en dérision la contestation, ne pas hésiter à tout promettre, décider en secret…

Quels sursauts permettront d’éviter un tel scénario ?

PZ
(11.02.2017)

Saluons l’arrivée de 2017

D’abord avec une pensée et un hommage à Michel Rocard :

Puis, comment passer de 2016 à 2017 ?
Aller du présent déjà figé vers un lointain fort incertain ?
Ne pas se laisser enfermer dans l’immédiate proximité…

La transparence ouvre des perspectives…
Alors, voir au-delà des seules belles images mises en avant ?
Oui, savoir regarder mieux, plus loin.

Voilà qui rejoint ces vœux, côtoyant l’utopie, d’un manifeste et des préconisations – hors vœux pieux –  de 67 personnalités :

 » Pour une autre communication politique « 

(Accès au Cahier n°1 (84 pages) et à sa présentation sur www.pierrezemor.fr)
Mettez votre grain de sel, une recommandation sur uneautrecommunicationpolitique@orange.fr

Que l’an 2017 vous apporte toutes satisfactions !

Très cordialement,

PZ
(03.01.2017)

N’est-ce pas une visée trop ambitieuse ?

Un pari sur l’aptitude de la démocratie à se sauver des périls, à se vivifier en associant mieux les gens à la conduite politique de notre société ?

Donc un pari sur les évolutions, forcément simultanées, des institutions, des comportements des élus, des  gouvernants, de leur relation avec les citoyens ?

Une démocratie mieux communicante ?

Le mot d’ordre « Pour une autre communication politique » ne peut plus être qu’une incantation, réitérée et bien connue des visiteurs de ce site, lecteurs d’Humeur blogueuse.

Au-delà de la dénonciation d’une com’ réductrice du sens, destructrice de la mémoire, restrictive de l’échange, encline à l’éphémère et au spectaculaire, il est urgent de sortir de cette idéologie qui a gagné le monde politique et les médias ! N’acceptons plus que les échanges avec la société se réduisent à la propagande d’un marketing simpliste, pour les situations concurrentielles des campagnes électorales, propice à des surenchères de promesses intenables…

Ce défi d’utopie, est relevé par la vingtaine de pages d’un « Manifeste » [Alerte – Impératifs – Espoirs – Appel] et les 67 préconisations de personnalités de tous horizons. [Voir Accès au Cahier n°1 de 84 pages à la rubrique ‘Ouvrages’]

Oui, la communication politique devrait reposer avant tout sur la mise à disposition et la critique de l’information : accès aux données et libre échange, transparence des procédures pour faire savoir ou pour révéler, pratiques de la conversation, de la discussion, de la concertation…

Oui, dire la complexité des choses et faire appel à la lucidité des gens.

Oui, à la participation des gens en tant que récepteurs réactifs de la parole publique.

Dans l’espace public, une communication n’est authentique que si elle est à l’évidence en quête d’une vérité, qui ne peut ressortir que d’un débat contradictoire, d’un compromis entre intérêts et difficultés, avantages pour les uns, inconvénients pour les autres.

D’où l’évidente inaptitude de la démocratie d’opinion à prendre en compte les contradictions de la société et à inciter à la discussion autour des points d’achoppement !

D’un Cahier n° 1 à un Cahier n° 2 seront recueillies d’autres contributions et sera proposée une liste récapitulative de recommandations, venues de divers correspondants.

En effet, le mouvement de diffusion et de réflexion s’élargit grâce à des publications, des associations, des think tanks, tels que Acteurs publics, La Fonda, Décider ensemble, Communication publique, Cap’Com, L’Important, Culture RP… ainsi que par des rencontres telles que celles suscitées par l’Harmattan avec les auteurs de ‘Communication et civilisation’, la Fondation Jean Jaurès aux “rendez-vous de l’histoire”, Communication publique avec le Cevipof, au Sénat la Commission Culture-Éducation-Communication, etc.

Merci de vous associer, à votre manière, à cette démarche « Pour une autre communication politique ».

PZ
(31.10.2016)

Marceau Long

Vice-Président du Conseil d’État et de Communication publique

Son amabilité, attentive et curieuse de l’Autre, rendait modeste le vaste champ de ses compétences, toutes habitées par une forte rigueur d’analyse.
Michel Rocard m’avait présenté au Président Long, lors d’une réception à Matignon, avant mon installation au Conseil d’État. Son accueil chaleureux contribua pour beaucoup à l’adaptation à mon nouveau métier.
Intéressé par mon itinéraire de consultant et prof à HEC, le vice-Président a voulu connaitre le regard d’organisateur que je portais sur « sa maison » en tant qu’entreprise, après une première perception du fonctionnement du Conseil.
Quelques mois plus tard, ses avis furent précieux, lorsque je lui soumis l’idée d’une association destinée à formaliser et développer la communication des institutions publiques.
Il encouragea l’indépendance vis à vis des Services du Premier ministre, en particulier du SID, trop inféodé au cabinet du Pm…
Marceau Long était un homme de communication, à la fois par ses qualités personnelles de relation et de patiente pédagogie et par ses expériences de Secrétaire général du gouvernement, de président d’Air Inter puis d’Air France et de PDG de l’ORTF.
Il accepta que le siège de Communication publique soit au Conseil d’État à la condition que n’en soient membres que des agents publics ayant la déontologie de l’intérêt général. Il participa souvent à des rencontres et très souvent aux publications de l’association.
J’ai, pour marquer notre gratitude, animé à sa demande, durant une dizaine d’années le « comité de coordination de la communication du Conseil d’État et des juridictions administratives ». En sont sorties quelques recommandations, peu à peu mises en œuvre par le Secrétariat général et la Section du Rapport et des Études, avant la mise en place une Direction de la communication.
Au-delà de la tristesse, nous gardons du Président Marceau Long l’image d’une grande et généreuse sagesse.

PZ
(29.07.2016)

Adieu, Michel Rocard !

Dans les jours qui ont précédé la tenue, le 14 juin, de sa belle conférence – un testament disait-il – sur La feuille de route pour l’Arctique, Michel Rocard m’a dit, pour une première fois, être très fatigué. Il avait repris sa chimio.

Une fin proche ? Hélas inéluctable… Mais, il nous avait tant habitués à son énergie extraordinaire, intellectuelle et aussi physique… Son exposé simple, didactique, voire enjoué, donnait des raisons de le voir rebondir. D’ailleurs au téléphone,…

Mais, en fait non et, après des bribes d’espoir, le samedi 2 juillet… le choc !

On ne partage pas, sans de forts investissements affectifs, des idées, du travail, des batailles, durant quelques 55 ans.

J’ai en effet personnellement connu Michel Rocard en 1960, l’année où j’ai aussi rencontré ma future femme. Elle a dès lors accepté, non sans une certaine jalousie, qu’un temps important, surtout entre 1974 et 1988, soit dédié à cette « maitresse » bien particulière…

J’ai forgé auprès de Michel Rocard des convictions politiques, juste éveillées par Pierre Mendès France, que Michel Rocard vient de rejoindre dans la  famille très restreinte des honnêtes hommes d’État.

Voir mon témoignage dans « Articles » « Michel Rocard, parler vrai et convaincre »

PZ
(03.07.2016)

Brexit ? Une clarification est-elle encore possible ?

Les électeurs du Royaume-Uni viennent majoritairement de condamner les faux-semblants d’une communication de l’Europe, sur l’Europe et dans les États membres de l’UE.

Inauthentiques, ces discours qui se sont efforcés de maquiller une réalité de dissensions, d’impuissance sur l’essentiel et de wishfull thinking, ont été violemment sanctionnés.

Avec agressivité, parce que partout montent les tensions d’illusions déçues et de non-dits. On élude de regarder les contradictions d’aspirations de nos sociétés et de débattre des achoppements de points de vue contrastés sur les actions publiques.

Un avantage du « brexit » est d’arracher les masques et, même si le défi de reconstruire, en quelque sorte sur un champ de ruines, est considérable, de retrouver maintenant l’éthique de « clairement énoncer  » aux peuples « ce qui se conçoit bien », pour une véritable Union européenne.

La propagande est une bombe de communication à retardement. Elle se prépare par la longue absence de prise en considération des gens et par la négligence d’associer les citoyens aux mesures de préparation de leur avenir.

Pour l’instant, la démagogie populiste l’emporte nettement sur l’explication.

Peut-on encore espérer que l’impératif d’informer les citoyens de l’Europe, de les convaincre et de les faire adhérer, impose d‘élaborer un projet, enfin clair et cohérent, de politiques communes d’États-Nations fédérés ?

PZ
(25.06.2016)

Pour une autre communication politique

La lettre, ouverte et à la cantonade, publiée dans la revue Parole publique (n°11- avril 2016) proclame une évidence que «La démocratie a besoin d’une autre communication politique»*.

Cette louable assertion donne lieu à un « manifeste », quelque peu utopique, d’une vingtaine de pages, en cours d’être enrichi des préconisations d’une quarantaine de personnalités qui appellent de leurs vœux une démocratie mieux communicante.

Un Cahier n° 0 sera édité et simultanément mis en ligne, début juillet ou mi-septembre 2016, avec le soutien d’Acteurs publics (notamment à ses RAP de  juillet et septembre) et de plusieurs partenaires, parmi lesquels bien sûr Communication publique et aussi La Fonda. Une manifestation est également envisagée avec ce Cahier, à l’occasion du 20ème anniversaire de la Collection « Communication et Civilisation » de L’Harmattan, le 22 septembre.

Dès lors, quiconque pourra librement se saisir de ce document, proposer d’ajouter des points de vue, en discuter et, à sa guise, alimenter des débats. Un Cahier n° 1 est envisagé pour fin 2016, afin d’accueillir de nouvelles préconisations.

Cette démarche entend relever d’une « diffusion/infusion ». Car elle ne vise à valoriser, ni son initiateur, ni les personnalités associées par de courtes contributions. Le pari est fait d’une appropriation la plus citoyenne possible…

Le but recherché est simplement de contribuer à la prise de conscience de l’impérieuse nécessité d’une communication, autre que la com’ réductrice de sens, qui sacrifie la mémoire collective sur l’autel de l’immédiateté et qui se veut spectaculaire… en donnant du théâtre politique une piètre représentation.

Est aussi affiché l’espoir de recueillir des propositions, susceptibles de faire changer, progressivement mais au plus tôt, les règles ou les comportements politiques dépassés et les modes de  communication qui doivent leurs être intimement agrégés. Les faire évoluer à la fois, forcément sous peine de voir encore plus fleurir cette com’ déracinée qui se substitue à l’action politique.

D’ailleurs, pourquoi la communication, si elle prescrit de mieux informer et associer les citoyens, n’ouvrirait-elle pas la voie de réformer à ces fins les institutions de la démocratie ?

* https://www.pierrezemor.fr/wp-content/uploads/2016/05/201604-lettre-ouverte.pdf

PZ
(27.04.2016)

Temps d’hommages

4 avril 2016, hommage solennel à Alain Decaux.

Sur les petits écrans, l’image d’une belle et forte présence. Une empathie généreuse. L’art simple de communiquer d’un conteur de l’histoire de France, passionné, précis et rigoureux… Passionnant !

Souvenirs d’échanges avec Alain Decaux à l’été 1988, à Matignon et à l’occasion de rencontres des Clubs Convaincre, dans le Val de Marne et ailleurs. Partager une exigence d’authenticité pour la communication des institutions publiques. Une relation civique naturelle.

Hommage, le 8 avril, de l’Institut Pierre Mendès France aux écrits de Jean-Louis Crémieux-Brilhac. Il s’est imposé comme historien de la dernière guerre, témoin de la Résistance, des sorts réservés aux Juifs… Sortie bienvenue du livre l’Étrange victoire, grâce à Pierre Nora son ami et éditeur. Un testament…

Souvenirs* d’images furtives en 1955/56 de sa présence effacée, mais déterminante, comme de celle de Stéphane Hessel, dans des réunions des Jeunesses Mendésistes. Un témoin attentif et juste à l’égard des subjectivités. Un acteur discret de la communication politique, contribuant à celle, éphémère mais inoubliable, de PMF, président du Conseil.

Jean-Louis Crémieux-Brilhac co-fondateur de la Documentation Française, est en 1975 au cœur d’une Société de l’Information en pleine expansion. Il est inspirateur des lois de 1978 sur l’accès aux données publiques et sur la relation des administrations avec les citoyens. Échos de sa présence au Conseil d’État entre 1982 et 1986 et de ses interminables échanges avec ses collègues.

Souvenir de très riches moments passés à la Documentation Française, à partir de 1989, à l’occasion particulière de la création de Communication publique. Précieux rendez-vous d’encouragement avec lui et Marceau Long.

En 2004, le 16 juin, participation de Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Stéphane Hessel, Léone Nora, Jean Lacouture – par message – au colloque organisé sur la communication gouvernementale pour commémorer les 50 ans de l’arrivée de Pierre Mendès France à la présidence  du Conseil **.

Encore quelques rencontres. Des propos recueillis par Bernard Wallon pour Parole publique. À l’automne 2015 Jean-Louis Crémieux-Brilhac me donne son accord pour être associé à ma démarche de plaider pour une meilleure communication politique. Il pensait cela tout à fait nécessaire pour mieux faire vivre notre démocratie. Restent ses propos écrits, un puzzle à reconstituer…

* Voir dans « Humeur blogueuse » le billet du 14.04.2015
** Voir dans « Articles »  Pierre Mendès France et la communication gouvernementale

PZ
(11.04.2016)

La communication peut-elle se substituer à la politique ?

Christiane Taubira « claque la porte du gouvernement ». Geste d’une grande force symbolique, car la communication a l’authenticité du motif affiché d’un « désaccord politique majeur ».

Là, politique et communication se trouvent intimement liées.

Il n’en va plus de même lorsque quelques opinions frondeuses s’emballent sur la posture d’une candidature présidentielle de la Garde des Sceaux qui, durant quatre années, a porté les projets de loi les plus emblématiques de François Hollande et qui insiste sur sa loyauté.

Ici, la tentation d’un coup de com’ ne prend pas sa source dans une réalité politique.

Souvenons-nous de la démission du gouvernement de Michel Rocard, le 5 avril 1985. Les effets se sont limités à mettre en avant, comme pour Christiane Taubira, une détermination des convictions. Si l’image de présidentiable de Michel Rocard, entretenue depuis plus de dix ans, s’est renforcée, sa candidature virtuelle n’en a pas tiré de bénéfice immédiat.

La com’ promotionnelle réductrice et spectaculaire nous fait confondre à tort des manifestations simplistes de l’opinion et les subtilités des adhésions progressives de la société.

Souvenons-nous encore, la campagne de 1er tour de Lionel Jospin en mai 2002 et ce néo-marketing d’opinion, obnubilé par le second tour, qui écartait d’écouter, dans un dialogue plus civique, les attentes profondes de la société.

L’actualité nous propose un autre questionnement. Même sur un champ politique en ruine, peut-on faire, pour Emmanuel Macron, le pari que bonne opinion et côte élevée dans les sondages dispensent de creuser patiemment un sillon politique dans la mémoire collective.

Et méditons que, plus encore qu’à l’époque de Pierre Mendès France, un grave déficit de la démocratie réside dans l’inaptitude politique à associer durablement les citoyens à l’exercice du pouvoir.

Surtout en temps de crise.

PZ
(02.02.2016)