La com’ marque des points

Humble en diffusant ce « Cahier »  www.pouruneautrecommunicationpolitique.com (un manifeste, des préconisations et commentaires d’une centaine de personnalités, une liste de 165 recommandations), je persiste à tenter le pari que la démocratie doit pouvoir aller vers d’autres manières de la politique et de sa communication.

N’est-il pas possible de mettre à disposition du public une information, tout autant empathique que critique, d’expliquer l’action publique complètement, en dire les obstacles et en discuter les objectifs, de trouver, en quête des meilleurs compromis possibles, les voies de la  concertation avec la société ?

Emmanuel Macron a, dans sa conquête du pouvoir, affiché vouloir suivre de nouvelles pistes, mais sans s’abstenir des facilités inhérentes à la Vème République, d’une communication impérieuse et vraiment peu bottom up, au risque de mal écouter les gens et de ne pas parler de leurs préoccupations avec leurs mots.

Le Président, en prenant la liberté d’un adjectif ambivalent ou d’une formule de connivence populaire, s’est risqué à vouloir faire sourire pour alléger l’atmosphère dans des situations délicates. N’a-t-il pas offert à ses adversaires politiques le loisir – car ils s’en amusent de manière disproportionnée – de dénoncer ses propos en les disant grinçants ou méprisants ?

Un inopiné  glissement de registre, qui pour le pouvoir a un avantage et deux inconvénients !

D’abord, pendant que se développent des critiques acerbes et superficielles, le fond de la question, les contenus du discours ou les orientations politiques sont occultés aux yeux des opposants. A l’actif du bilan, la com’ réductrice détourne les attentions malveillantes.

En revanche, Emmanuel Macron est ainsi amené à tourner le dos aux efforts méritoires qu’il fait dans un long discours, en vue d’expliquer profondément une réforme, ses difficultés, sa nécessité. Serait-ce, entre autres, une menace de rechute dans un « ancien monde » ?

Favoriser ainsi la com’ conduit à privilégier la forme sur le fond, le bruit politicien sur le sens de l’action menée. Or, on ne doit pas réduire le débat public, plus que jamais nécessaire pour associer les citoyens à la conduite des affaires de leur pays dans un monde difficile.

L’élection d’Emmanuel Macron apportait un peu d’espoir à ceux qui voulaient voir les pratiques de la politique évoluer vers une parole publique plus authentique et vers de meilleures relations de confiance à l’égard des pouvoirs.

Donc vers une autre communication durablement authentique : à voir plus sérieusement et à suivre !

PZ
(08.10.2018)

La communication d’Emmanuel Macron et le redoutable défi du bottom up

Même s’il affichait peu la posture jupitérienne, François Hollande assumait, comme tous les Présidents de la Vème République, qu’au moins apparemment l’essentiel des décisions soit arbitré à l’Élysée. Après une valse-hésitation d’un trimestre, il s’était coulé dans le moule de la monarchie républicaine. Comme pour tous ses prédécesseurs – la légitimité de Gaulle en faisant un cas à part, le respect, l’usage des institutions et la personnalisation du pouvoir ont guidé la communication présidentielle.

En serait-il autrement aujourd’hui ? Oui et non.

Oui, car Emmanuel Macron ne fait pas l’erreur de dissocier communication et action. Il écarte les exercices de com’ autonomes, propices aux formulations simplistes. Également les évènements fabriqués aux seules fins d’alimenter la médiatisation. Il préfère une habile anticipation attentive aux actes à mettre en valeur. Il pratique l’explication approfondie. Ne fait pas de promesses sans dire à la fois une détermination, mais aussi des incertitudes. Le Président a fait le choix d’une communication intimement intégrée à son action. Libre aux médias d’accepter d’être ainsi portés à parler du fond plus que de la forme !

Le chamboulement provoqué dans le paysage politique a conféré – au moins un temps – à Emmanuel Macron une crédibilité personnelle et un feu vert d’efficacité pour avancer et réformer. Certes, la parole publique est plus que jamais transcendante et descendante. Parfois jugée condescendante, surtout par ceux qui dénient le recours – bien utile – au registre pédagogique de la vision systémique qu’il faut avoir aujourd’hui de la complexité.

Non, car communiquer avec la société, chercher sa compréhension, ne peut a fortiori se satisfaire longtemps de messages octroyés dans une relation univoque top down. Gouverner c’est prévenir, à la fois anticiper et faire savoir. Comment échanger, partager et discuter l’information ? Comment ne plus traiter les gens comme des spectateurs ou comme des touristes plus ou moins égarés dans un monde qui change ? La démocratie souffre de considérer la demande des électeurs comme celle de consommateurs, alors que ce pseudo marketing repose sur un échantillon de moins en moins représentatif.

Ne faut-il pas écouter les signaux – pour l’instant – faibles du flux ascendant de l’information, de ce bottom up de la communication politique ?

C’est un défi redoutable pour un Président de la Vème République, qui au mieux peut faire état d’une écoute personnelle, sans s’aventurer à entretenir lui-même un quelconque débat avec la population. François Hollande a payé cher de céder, à deux ou trois reprises, à cette tentation du dialogue direct…

Si Emmanuel Macron a intelligemment organisé, avec le mouvement En Marche, la conquête du pouvoir, il ne s’est pas préoccupé des évolutions nécessaires d’une communication politique attachée à l’exercice du pouvoir et autre que la com’ d’exégèse et de promotion. L’esquisse d’un nouveau parti n’est pas une réponse suffisante pour mobiliser la société, ni pour renouveler un mouvement politique. Ne devait-on pas sans cesse dialoguer et innover avec la population, avec ses représentants élus et avec les corps intermédiaires pour mieux éclairer les exécutifs ?

A trop tarder sur ce registre du bottom up, les militants d’En Marche et les soutiens sympathisants du pouvoir courent le risque de voir ce registre confisqué par les protestations, la contestation et les manifestations.

La démocratie souffre de ne pas savoir comment associer les citoyens à l’élaboration de l’offre politique.

Voir le « Cahier : pouruneautrecommunicationpolitique.com »

PZ
(17.08.2018)

Communication institutionnelle publique ? Communication politique ?

Nouveaux médias et réseaux foisonnants élargissent considérablement l’espace public. Toute communication est maintenant publique. Et, pour éviter de voir la technocratie prendre le pas sur la démocratie, ne doit-on pas tout autant dire que toute communication publique est politique ? Vaines batailles sémantiques qui se sont apaisées avec l’introduction de l’adjectif institutionnel !

Se définissent plus sereinement deux domaines essentiels à la vie de la cité : la communication institutionnelle publique et la communication politique. Deux domaines qu’il faut distinguer. Les règles qui les régissent diffèrent. Mais, leurs frontières sont assez perméables. Le mélange des genres menace. Une différenciation s’impose, qui est d’ailleurs plutôt protectrice des acquis de la communication institutionnelle publique. Quatre critères à mettre en avant.

D’abord, qui communique ?

D’un coté, le monde politique avec les élus, les candidats, les détenteurs de pouvoirs délibératifs, législatifs, exécutifs et les animateurs des partis, qui selon la Constitution concourent à l’expression du suffrage. Il faut ajouter des experts, des politologues, les observateurs et les médias.

De l’autre coté, l’administration sous ses diverses formes, les fonctionnaires, les dirigeants et les agents des institutions et services publics.

Sur quoi communiquer ?

Accompagner le fonctionnement de l’État de droit, défini par les lois, sous le regard de l’autorité de justice, exige de mettre l’information à la disposition de la société, d’expliquer les procédures par le dialogue, voire la concertation… On tangente ici le domaine du politique dont le mandat est forcément imprécis.

Au politique revient de faire évoluer l’État de droit. Lui incombe l’insigne difficulté de modifier les règles en opérant des changements dont l’urgence est mal appréciée. C’est un défi pour une communication politique qui se borne à recourir aux savoir-faire d’un néo-marketing pour la conquête électorale des pouvoirs. L’électeur est traité en consommateur, mal préparé à l’inattendu et déçu de ne pas être associé à l’exercice du pouvoir.

Comme y a invité la loi du 15 janvier 1990, en séparant financement politique et financement institutionnel, on devrait plus s’inspirer des efforts accomplis par la communication publique vers une relation pérenne avec le public. La confiance est la condition pour que passent les messages et qu’on puisse gouverner avec l’opinion.

Quel horizon vise la parole publique ?

La durée est la marque de l’institutionnel. Elle confère une certaine sérénité aux services publics de la communication. Le temps permet de prendre l’autre en considération, d‘établir une relation qui traite le citoyen mieux qu’un client.

Le temps de la communication politique est hélas court. On ne peut répondre dans l’instant au questionnement brutal d’une actualité. On ne peut instruire une réponse rationnelle et durable qu’en remettant à leurs justes places les émotions et la passion.

Avec quels regards des médias ?

Les journalistes, surtout dans les médias audiovisuels, sont peu portés à donner du temps long aux institutions. Ils considèrent que dire l’État de droit n’entre pas dans leur devoir d’informer. Ils ne jurent qu’actualité. Le règne de l’immédiateté réduit la valeur ajoutée par les professionnels de l’information. Pourtant essentiel, leur rôle de contre-pouvoir s’est transformé en un pouvoir d’imposer à la communication politique le rythme du temps court. Messages réducteurs, manque de contexte et absence de mémoire nourrissent les fantasmes de l’action politique aux effets instantanés.

Des frontières poreuses entre domaines : la contagion d’une com’ politique au rabais menacerait-elle la communication institutionnelle publique ?

Le thème de ce « Billet » est retenu pour la rencontre de Communication publique, le 26.09  à l’ENA.

PZ
(16.07.2018)

A fronts renversés !

Nombre de téléspectateurs de BFM-TV, en soirée du dimanche 15 avril, n’ont pas perçu l’interrogatoire d’Emmanuel Macron, mené par Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel, comme un entretien avec le Président de la République. Ils ont assisté au spectacle d’une bataille mise en scène par et pour les journalistes, dont le questionnement musclé détournait l’attention des réponses, d’ailleurs souvent interrompues.

Plus que jamais, le message était ici le média. La forme occultait le fond. Jean-Jacques Bourdin affichait son désintérêt à l’égard d’un invité décidé à expliquer méthodiquement, à un très large public, les décisions prises et les projets en cours. Un climat orageux entravait la compréhension.

Les postures, que les professionnels des médias ont toujours voulu afficher, se sont inversées. Ils ont laissé à Emmanuel Macron, en Président pédagogue, le registre de l’information et ils se sont réservé pour eux celui de la com’… Ce registre simpliste caricature les débats contradictoires indispensables aux compromis que doit forger une démocratie. Que chacun s’en tienne à son rôle !

Les journalistes ont dépensé beaucoup d’énergie à stigmatiser toute communication, étiquetée propagande et manipulations. Ils ont été sourds aux efforts – certes insuffisants – de l’État de droit à mettre les données publiques à la disposition des gens, à dialoguer avec eux et à les associer en ouvrant le débat. À juste titre, ils dénoncent la communication politique en tant qu’elle se borne à un marketing électoral des électeurs, traités en consommateurs. On écarte la participation citoyenne de l’élaboration de l’offre politique.

La médiatisation, audiovisuelle ou par les réseaux numériques, de toute information, ainsi que les déviances de l’instantanéité, de la personnalisation et du mélange des genres, compliquent la tache des pouvoirs de communiquer avec une société complexe et fragmentée.

Pourtant, il n’est peut-être pas trop utopique d’escompter, peu à peu, par petites touches, des progrès dans les règles du vivre ensemble ou de la démocratie et, forcément en même temps, des évolutions pour une autre communication politique (www.pouruneautrecommunicationpolitique.com).

Un défi culturel !

PZ
(24.04.2018)

COMMUNIQUÉ
Un CAHIER est édité et mis en ligne le 5 janvier 2018. Il préconise une autre communication politique…

Alerte ! Les pratiques caricaturales de la com’ menacent la démocratie !

Est-il utopique d’escompter qu’une autre communication politique propose à tous les mandataires, aux élus, comme à tous les acteurs publics et aux médias, d’associer les citoyens et de mener avec eux de réels débats sur la place publique ?

Pour une autre communication politique 

Comment reconnaitre la complexité des choses et faire appel à la lucidité des gens ? Dire, notamment avec les médias, ce que devrait être la participation de la société à l’exercice des pouvoirs ? Engager les nouvelles générations à mieux partager les responsabilités ?

Pour une autre communication politique

Ce Cahier présente des analyses et les préconisations ou les commentaires d’une centaine de personnalités, aussi une liste de recommandations.
Autant de souhaits d’évolutions nécessaires, ensemble de la communication et de la politique.

Une autre communication politique ?
Oui !  À vous de jouer…

www.pouruneautrecommunicationpolitique.com

Ce CAHIER est édité et mis en ligne le 5 janvier 2018. Il a été Imprimé mi-décembre et remis, en avant première, aux personnalités ayant contribué à son élaboration, aux partenaires de sa diffusion et aux rédactions des médias intéressés. 

PZ
(03.01.2018)

Voeux 2018

Que s’exaucent en 2018
les vœux les meilleurs
formés pour vous et vos proches, pour vos activités, vos loisirs, vos projets !

Permettez-moi d’ajouter ce souhait
vers une démocratie vivifiée et plus solidaire :
une autre communication politique !

Je vous donne à ce sujet rendez-vous le 5 janvier sur :
www.pouruneautrecommunicationpolitique.com

Bonne année, Pierre Zémor

PZ
(01.01.2018)

Tu es, Michel Rocard, toujours parmi nous… *

Déjà un an que tu nous a quittés. Était-ce le bon moment pour mettre la clé sous la porte ? Au PS, certainement. Avant l’implosion et la quasi-disparition que tu avais prévues… On ne peut impunément cesser d’être un parti de gouvernement, ni exercer durablement le pouvoir sans comprendre les citoyens et dialoguer. On doit, selon une de tes expressions favorites, « dire la complexité des choses et faire appel à la lucidité des gens ».

Depuis ta disparition, la politique a connu un véritable chamboulement.

En tout juste une année, Emmanuel Macron, Inspecteur des Finances d’origine rocardienne, que tu connaissais comme porteur d’une partie de tes idées et de ta vision, mais que tu pensais encore un peu jeune, a pu s’imposer, à l’âge de 39 ans. N’avais-tu pas, en 1969, à l’occasion de l’élection présidentielle, émergé toi aussi dans l’opinion à l’âge de 39 ans ?

Lui, n’a trouvé sur son chemin qu’un Fillon château de cartes. Rien à voir avec l’obstacle, durant un tiers de siècle, d’un François Mitterrand qui s’acharnait contre la greffe de la deuxième gauche au PS. Contre la rigueur et l’imagination que tu opposais aux profondes failles du Programme commun et de l’Union de la gauche.

Après la dernière présidentielle et ses primaires, scrutins législatifs et abstentions ont clairement montré que, selon ton intuition politique, la société attendait une large information et des échanges avec…elle-même. Avec des représentants sortis de ses rangs, sans le langage codé du professionnalisme d’un microcosme politicien. Pour en finir avec les frontières et les sectarismes dressés sur des idées reçues !

Même si, pour une majorité absolue, une cause parait entendue, il faut, tant aux citoyens, qu’aux parlementaires sensés mieux les représenter, expliquer sans cesse. La légitimité de cette majorité, rajeunie, féminisée, prête à revivifier la vie politique, se méritera. Parler vrai et convaincre, oui Michel !

Créer et entretenir une relation de confiance avec la société est une exigence du respect de la démocratie.

Cette éthique de la politique tu la partageais avec Simone Veil, qui vient de te rejoindre… Vous étiez le deux personnalités les plus appréciées des Français : les chouchous des sondages des années 80 !

*Texte publié par le Journal Du Dimanche le 2.07.2017exactement un an après le décès de Michel Rocard.
[voir le JDD d’un Clic ici ‘Articles’ de www.pierrezemor.fr]

PZ
(02.08.2017)

En 1969, à l’occasion de l’élection présidentielle, Michel Rocard se révélait à l’opinion. Il avait 39 ans.

Le rapprochement avec Emmanuel Macron ne s’arrête pas là.

Pour moi *, qui ai travaillé avec Michel Rocard – avec une intensité variable depuis fin 1960, je retrouve chez Emmanuel Macron – que j’ai croisé comme très jeune rocardien – une vive intelligence de la complexité de l’action politique, une écoute des autres et la volonté de conformer les actes aux paroles, un savoir décortiquer les défis, tant du quotidien, que de la construction européenne ou des enjeux internationaux, aussi le refus des sectarismes nés des frontières politiciennes et dès lors le souhait d’une démocratie plus proche des gens, ouverte – un marqueur de la deuxième gauche.

J’ai eu de précieux échanges avec Michel Rocard au cours de onze jours d’une croisière en Arctique dix mois avant sa disparition.

Son fort attachement au rôle des partis politiques, qui l’avait d’ailleurs conduit à des erreurs stratégiques pour son compte en 1993/94, et l’étiquette socialiste qu’il tenait à rappeler parfois, ne l’avaient pas empêché d’annoncer l’implosion du PS, provoquée, d’une part, par l’absence, en 1976 et surtout depuis 1983, d’une orientation affirmée vers la social-démocratie et, d’autre part, par l’irresponsabilité de frondeurs destructeurs du long travail auquel il avait largement contribué faisant du PS un parti de gouvernement.

Entre la mi-mai et la mi-juin 2016, il ne voyait pas comment pouvait venir un sursaut salvateur pour la gauche. Il aurait été certainement satisfait de voir écartée une droite autre que celle modérée d’Alain Juppé, certainement fort triste de voir le PS au bord de la disparition et alors certainement heureux de soutenir le parcours, inattendu et par certains aspects rocardien, d’Emmanuel Macron… vers une victoire au-delà de ses espérances.

PZ
(09.05.2017)

Et oui, la com’ tue la communication politique !

Dans mon précédent billet d’Humeur blogueuse, sous le titre «Le paysage politique se reconstruit-il autour de la com’?», je dénonçais les dégâts et les graves menaces pour la démocratie de cette com’ essentiellement publicitaire, réductrice de sens, spectaculaire…

Je poursuis ma croisade, principalement avec la démarche «Pour une autre communication politique». Après un Cahier n° 1 regroupant un « manifeste » et 67 préconisations de personnalités, je multiplie diffusions et rencontres pour explorer quelques-uns des chemins vertueux vers une démocratie mieux communicante et pour rassembler, dans un Cahier n°2, des recommandations, aujourd’hui au nombre provisoire de 127.

Je propose aussi à quelques médias un point de vue ou une tribune, souvent difficilement acceptés, tant les chroniqueurs et les journalistes cultivent délibérément sur la communication une ambiguïté qui nourrit le pouvoir médiatique.

Au cours de mon demi-siècle d’observations et de discussions sur la communication, les professionnels de l’information, qu’incarnait si bien Jean Miot, ont persisté à dénigrer toute communication sans vouloir prendre en considération à sa juste valeur l’échange, qui permet de mieux approcher les vérités.

Les médias, sans convenir de leur part de responsabilité dans le déni de complexité de la politique, se bornent à condamner les dérives d’une com’ fourre-tout dans laquelle pourtant ils barbotent. Inconsciemment ou délibérément, ils déclarent être com’ toute communication, quels qu’en soient les efforts d’authenticité ou de dialogue.

Ainsi, la rédaction de Valeurs Actuelles, qui a aimablement accueilli, dans sa parution du 13 avril, l’expression de ma libre opinion tendant à dénoncer que la com’ tue la communication politique, a affublé mon propos pris à contre-pied du titre, plus pub, que sérieusement incitateur à la réflexion : «Trop de com’ tue la com’».

La campagne pour l’élection présidentielle n’a hélas pas été l’occasion d’un examen de conscience professionnel sur une aptitude, notamment vue la place prise dans le débat public par la télévision, à faire la part de la com’ et de la forme, pour que le fond remonte à la surface. Pourtant, à de nombreuses occasions, les journalistes auraient pu dénoncer des postures ou des messages qui pouvaient être dépourvus d’authenticité, en dépit d’accueils favorables plus ou moins éphémères dans les opinions et les sondages.

La grille de lecture des médias, pour scruter une société en crise et en mutation, s’avère conservatrice, quant à l’usage du numérique, à la référence aux réseaux sociaux, au rôle à venir des partis politiques ou encore à la pertinence de l’axe gauche/droite.

Attention, pas d’évolutions économiques, sociales, institutionnelles, sans changement sur la communication !

PZ
(25.04.2017)

Le paysage politique se reconstruit-il autour de la com’ ?

La communication politique, quand elle se réduit à la caricature du sens et aux images de spectacles télé-décalés, entrave la mise en commun nécessaire de l’information dans une démocratie. Cette com’ d’affichage, de slogans, de mensonges et de manipulations menace la crédibilité des institutions publiques et la qualité du débat social. Pire, les années ‘30’ ont montré comment la propagande conduit au viol des foules. Aujourd’hui une com’ de pub, tweets et vidéos s’avère une efficace servante du terrorisme.

Des efforts d’authenticité, la bonne volonté d’expliquer, comme la recherche du dialogue, ont, pendant les deux tiers de siècle précédents, fait progresser, plus les souhaits de faire société, que les réalités. Modes et instruments de communication ont tenté de valoriser l’intérêt général et le bien commun, voire d’encourager la concertation…

Publicitaires ou journalistes n’ont pu s’empêcher de dicter aux politiques des agendas, voire des stratégies, pour proposer des mises en scène. Ces médiations ont hélas dispensé de rechercher la relation avec les gens. Or savoir associer les citoyens à la conception de l’offre politique permettrait à la démocratie de se revigorer face aux crises graves et planétaires, sur horizon assombri de disparition de la croissance.

Le citoyen est ambivalent. Il se méfie du pouvoir. Il conteste l’opacité de l’action publique. Et à la fois, il croit à la politique. Il attend de l’État  protection et garanties. Il veut être éclairé sur son avenir. Né de ce paradoxe, le malaise démocratique ne peut se dissiper qu’au prix de liens de confiance établis entre gouvernants et gouvernés

Mission, certes de longue haleine, incompatible avec le règne d’une com’ toute de promotion. Privé d’une communication fondée sur la prise en considération des autres et le dialogue, l’intérêt pour la politique trouve à se consoler dans le spectacle des jeux de la compétition pour le pouvoir.

Ainsi la com’ prend la place de la politique. Avec une moitié des citoyens des USA la démocratie a sélectionné Donald Trump, un bateleur apte à annoncer l’inattendu ou son contraire, qui conçoit ses actes en partant de leur promotion ou d’une opportune actualité.

Un tonitruant exercice du pouvoir a été installé dans les règles. Que la com’ prenne le pouvoir sur la politique semble réussir à Trump, ouvertement et non sournoisement à l’instar du secret Poutine. Bientôt démocratiquement peut-être en Europe, en Israël et ailleurs…

Les acteurs publics n’ont qu’à bien se tenir. Ils dénonçaient les influences perverses de la politique sur la communication de l’État de droit : craintes de technocrates, plutôt que de citoyens… Oubliés, la mise à disposition de l’information, la transparence des procédures, l’explication, la discussion, la quête de vérités dans le débat contradictoire, la concertation. Abandonné de dire la complexité des choses et de faire appel à la lucidité des gens…

Une voie royale s’ouvre à la com’, au cœur du système politique qu’elle prétend reconstruire : satisfaire les apparences, les intérêts du moment, varier les alliances, surprendre les indécis avec la complicité d’un large arsenal médiatique, pratiquer plutôt l’injonction que la négociation, tourner en dérision la contestation, ne pas hésiter à tout promettre, décider en secret…

Quels sursauts permettront d’éviter un tel scénario ?

PZ
(11.02.2017)